Albert Marquet

1875-1947

Albert Marquet et l’Afrique du Nord

Marquet a passé sa vie à voyager entre les rives de la méditerranée et de la Seine, faisant du paysage et de l’eau, ses motifs favoris. Il a construit son œuvre loin des débats artistiques du moment, en maintenant une amitié indéfectible avec Henri Matisse, rencontré en 1892 dans l’atelier de Gustave Moreau.

Du fauvisme auquel il est associé à ses débuts, il ne retient que quelques caractéristiques : la simplification des formes, une autonomisation relative de la couleur, l’apparence d’improvisation rapide. Mais Marquet recherche une harmonie tonale afin de montrer l’essentiel, veut synthétiser les sujets avec justesse et équilibre, « peindre comme un enfant sans oublier Poussin » (Marquet).

Eugène Delacroix a rêvé et fantasmé l’Orient. Un siècle plus tard, Albert Marquet décide de jeter l’ancre sur les quais des ports d’Alger, de Bougie, d’Oran ou de Tunis. Mais contrairement aux romantiques, l’artiste décidera de s’y installer, définitivement après la Seconde Guerre Mondiale, car il y trouve le sujet essentiel de son inspiration qu’il n’a pas à Paris : la mer et la douceur méditerranéenne. En effet, l’Algérie offre au peintre l’occasion de saisir sa lumière blanche écrasante, la brume de chaleur presque insaisissable de ce territoire, les couleurs que l’on ne trouve que là-bas : l’ocre, le turquoise, le mauve. Les couleurs d’un nouveau paradis.

C’est sans doute à Alger, plus que dans tout autre ville du continent africain, qui inspire en lui les vues les plus abouties, qu’Albert Marquet capte l’effervescence de l’instant, notamment celle du port avec ses arrivées et départs pour la métropole si proche ou vers des horizons plus lointains. Arrivé pour la première fois dans la ville à l’hiver 1921, cette période de sa vie coïncide avec le plein épanouissement de son art, ce voyage offrant pour le peintre la parfaite maitrise du paysage et de la couleur. L’artiste ne peint que quelques tableaux du port d’Alger au début des années 1920. Son port est alors considéré, de par sa position géographique idéale, à la fois comme un port de transit, de ravitaillement, de relâche ou de charbonnage. Navires civiles ou militaires y font naturellement escale, offrant aux passants et artistes fraichement installés, le ballet vivifiant de la modernité.

L’artiste français offre sans doute dans le tableau que nous présentons, daté de 1924, l’une des plus fameuses vues du port algérien. Malgré la simplicité relative du thème, celle du port qui inspira avant lui les peintre Fauves dont il fit parti, le peintre a coordonné de manière magistrale les protagonistes du sujet en jouant sur les effets de contrastes et les complémentarités. Contraste tout d’abord entre la solidité du port peint dans un dégradé de gris et le vert presque turquoise de la mer. Contraste ensuite entre les différents types de bateaux à quai, à cheminée ou trois mats, et les bateaux de plus petites dimensions, l’un amarré, l’autre voguant vers la sortie du port. Contraste enfin entre les navires imposants et les personnages du premier plan, minuscules. L’étendue de la baie d’Alger est suggérée par la montagne peinte dans un gris clair, presque mauve, et le ciel, un mauve virant au brun rosé. Dans le lointain, la lumière se fait brumeuse et lourde. Le paysage se fait esquisse. Mais les couleurs s’accordent toujours entre elles. Albert Marquet parvient donc à cerner, dans un cadre insolite puisqu’il semble bien trop surélevé pour peindre cette vue du port de la ville algérienne, la beauté majestueuse de cette porte entre l’Orient et l’Occident.  

Le vrai sujet de notre tableau semble être le bouleversement de l’artiste face aux couleurs locales sur lesquelles ils a juxtaposé ces navires, peints et rangés comme des jouets. En effet, au premier plan les différents gris, puis un turquoise de l’enceinte du port, parsemé de touches blanches, auquel succède un bleu plus soutenu, celui de la mer, la vraie, la Méditerranée, comme une ouverture et une délivrance, ainsi que ces gris-mauves qui laissent entrevoir un paysage presque imperceptible et fantomatique, se succèdent comme pour retranscrire le plaisir du peintre face à son environnement.

Le génie de Marquet, qui, selon les mots de Jean Cassou, « s’inscrit dans la lignée des grands paysagistes français », est sans doute d’avoir su capter à la fois l’humeur et la vivacité du moment, ainsi que ce degré quasi irréel de pesanteur qui s’empare de la ville portuaire. Une peinture hors du temps, puisqu’aucun élément ne nous permet de savoir à quelle heure de la journée nous sommes, ni où le peintre s’est assis pour réaliser cette peinture de premier plan. Celle-ci apparait alors comme une construction instinctive et fantasmée d’un sujet qui existe bel et bien sous ses yeux, une sorte de « domination optique du monde » pour reprendre les termes de Jean-Paul Monery, là où les peintres romantiques succombaient aux envoûtements d’un sujet encore lointain, improbable et imperceptible. 

 

Marquet Alger 1924
Port d'Alger, 1924

Huile sur toile
Signée en bas à droite
Contresignée, titrée et datée 1924 au dos
50x61cm

Expositions
Albert Marquet, Galerie Druet Paris, 1934
Albert Marquet, Pierre Laprade …, Bâle, Kunsthalle, 1939, n°224
Albert Marquet, Galerie La Présidence, Paris du 24 avril au 30 juin 1985, n°16

Bibliographie
Marquet, L’Afrique du Nord, Catalogue de l’œuvre peint, Jean-Claude Martinet et Guy Wildenstein,
I-149, page 169, reproduit en noir et blanc, (Titré « Bateaux de guerre »)
Catalogue de l’exposition, Galerie La Présidence, 90 rue du Faubourg Saint Honoré, Paris 8ème, Albert Marquet du 24 avril au 30 juin 1985, n° 16 du catalogue

Provenance
Acquis directement auprès de Madame Marquet en 1950
Puis par descendance, collection Privée, Paris

Certificat d’authenticité en date du 8 mars 1973 par Madame Marcelle Marquet

Marquet L’Archevêché, Sidi-Bou-Saïd
Vendue
L’Archevêché, Sidi-Bou-Saïd

Peint au printemps 1923

Huile sur toile marouflée sur carton

Signée en bas à gauche

16x22 cm

 

Provenance

Galerie Aktuaryus, Strasbourg

Galerie des Chaudronniers, Genève, 1989

Collection Roger Dumas

Puis par descendance

 

Bibliographie

Marquet, L’Afrique du Nord, Catalogue de l’œuvre peint, Jean-Claude Martinet et Guy Wildenstein,

I-661, page 476, reproduit

 

Certificat de Monsieur Robert Martin en date du 21 mai 1981

Certificat de la Fondation Wildenstein, Daniel Wildenstein en date du 19 janvier 1989

 

Oeuvre vendue en partenariat avec la Société de Ventes Volontaires, Ader-Nordmann, Paris